Tour de France 2022 - Tadej Pogacar, Primoz Roglic, Jonas Vingegaard, David Gaudu... Les favoris passés au crible

Tour de France 2022 – Tadej Pogacar, Primoz Roglic, Jonas Vingegaard, David Gaudu… Les favoris passés au crible

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TADEJ POGACAR

Pays : Slovénie
Equipe : UAE Emirates
Âge : 23 ans
3e participation
Tour 2021 : Vainqueur

Tour de France

“Un truc de gladiateurs”, “Ça va être une boucherie” : Trop dangereuse, la première semaine ?

IL Y A 3 HEURES

Le Tour et lui

Un bilan plutôt correct jusqu’ici. Deux participations, deux triomphes à Paris. Tadej Pogacar est tout simplement le double vainqueur le plus jeune de l’histoire de l’épreuve. Son sacre en 2020, arraché au détriment de Primoz Roglic au prix d’un dernier chrono faramineux à la Planche des Belles Filles, avait constitué une demi-surprise. Un an plus tard, c’est en patron, presque en tyran, que le jeune Slovène a doublé la mise. Avec en prime 16 jours en jaune et six succès d’étape, il est sur des bases de légende.

Sa saison

Avec déjà dix victoires à son actif, “Pogi” a parfaitement lancé son exercice 2021. Pas de grande classique cette fois, mais tout de même un beau succès sur les jeunes mais déjà prestigieuses Strade Bianche et deux places d’honneur au Tour des Flandres (4e) et sur Milan-Sanremo (5e). Surtout il a été Intouchable sur les épreuves par étapes avec des victoires finales au Tour des Emirats, Tirenno-Adriatico et “son” Tour de Slovénie. Bref, Pogacar a fait du Pogacar.

La stat : 5

Soit le nombre de coureurs ayant réussi à remporter le Tour de France trois années de suite. Un club des cinq très “select” dont les seuls membres sont à ce jour Louison Bobet (1953, 54, 55), Jacques Anquetil (1961, 62, 63, 64), Eddy Merckx (1969, 70, 71, 72), Miguel Indurain (1991, 92, 93, 94, 95) et Christopher Froome (2015, 16, 17). Pogacar les rejoindra le 25 juillet en cas de nouveau succès. A moins de 24 ans, ce serait extravagant.

La grande question : Peut-il être aussi dominateur face à une concurrence accrue ?

Il sait tout faire. C’est un des meilleurs rouleurs du peloton. En haute altitude, son démarrage cinglant n’a pas d’équivalent. Il court intelligemment. Il sait donc à peu près tout faire. L’an passé, sa domination sur ses adversaires avait pris un tour écrasant. Avec un tout petit “mais” : cette suprématie totale devait-elle davantage à ses propres qualités ou à la faiblesse d’une opposition rapidement décimée ?

Cette édition 2022 devrait permettre d’y répondre, sous réserve d’une hécatombe en première semaine, qui n’est malheureusement pas impossible. Mais partons du principe que, cette fois, ses principaux rivaux seront là à l’approche de la haute montagne. Un Roglic à son meilleur niveau devrait lui proposer une autre opposition. Jonas Vingegaard a davantage d’expérience que l’an dernier. Aleksandr Vlasov progresse. Geraint Thomas revient. Mais tout dépendra surtout du tandem de la Jumbo Visma. Si Pogacar parvient à l’emporter aussi facilement qu’en 2021 dans un contexte plus relevé, alors son règne sera définitivement installé.

50km d’échappée pour une arrivée en solitaire : revivez la victoire de Pogacar en vidéo

PRIMOZ ROGLIC

Pays : Slovénie
Equipe : Jumbo-Visma
Âge : 32 ans
5e participation
Tour 2021 : Non-partant (9e étape)

Le Tour et lui

Que pense Primoz Roglic du Tour de France ? Il y a connu la plus cruelle déception de sa carrière en 2020 après une Grande Boucle sans éclat mais maîtrisée de bout en bout. 2021 devait être l’année de sa revanche, celle-ci a tourné court après une chute en première semaine et un abandon précoce. Ses tentatives de victoire finale se sont donc mal terminées et ses trois succès d’étape (2017, 2018 et 2020) sont un maigre lot de consolation.

Sa saison

Excellente, comme d’habitude. Si le Tour du Pays basque lui a échappé, il a à nouveau triomphé de Paris-Nice et pour la première fois du Critérium du Dauphiné après une démonstration de force. Sur les chronos, seuls des spécialistes l’ont devancé. Ce qui frappe surtout depuis le début de saison, c’est la puissance… de son équipe. Du triplé sur la première étape de Paris-Nice avec Van Aert et Laporte au doublé sur le Dauphiné aux côtés de Vingegaard, Jumbo a très souvent écrasé le reste de la meute.

La stat : 4

Dans l’histoire, ils sont quatre à avoir doublé Paris-Nice et Critérium du Dauphiné la même année. Jacques Anquetil (1963 et 1965), Eddy Merckx (1971), Bradley Wiggins (2012) et donc Primoz Roglic (2022). Les trois premiers ont triplé avec le Tour de France (seulement en 1963 pour Anquetil).

La grande question : Roglic peut-il éviter tous les pièges ?

Primoz Roglic c’est un peu le chat noir du peloton. Tour de France, Paris-Nice, Dauphiné, on ne compte plus les coups du sort qui lui sont tombés dessus alors qu’il avait la victoire au bout des doigts, entre chutes et méforme au mauvais moment. Même son Tour 2021 avait pris une sale tournure dans la nervosité qui habitait le peloton en première semaine. Il avait ainsi concédé plus de 50 secondes à Tadej Pogacar dès la troisième étape.

Roglic : “Avec Pogacar, nous nous poussons mutuellement”

De la nervosité, des pièges, il y en aura à foison en 2022. Les organisateurs ont voulu une première semaine sans temps-morts et entre les bordures, les pavés, les étapes casse-pattes et l’habituelle dangerosité d’un peloton de début de Tour, on se demanderait presque ce qui va arriver à Roglic, pas le plus à l’aise sur sa monture. Selon la formule consacrée, ce Tour ne se gagnera pas avant la Planche des Belles Filles mais il pourrait bien se perdre.

JONAS VINGEGAARD

Pays : Danemark
Equipe : Jumbo Visma
Âge : 25 ans
2e participation
Tour 2021 : 2e

Le Tour et lui

Son coup d’essai l’an dernier s’est apparenté à un coup de maître. Le “rookie” danois était venu en 2021 pour épauler son leader Primoz Roglic, avant que l’abandon de ce dernier ne le contraigne à assumer un nouveau rôle. C’est peut dire qu’il s’est remarquablement acquitté de la tâche. Solide dans tous les domaines, Jonas Vingegaard a été le meilleur de tous les autres derrière Pogacar. Mieux, il fut le seul à le mettre (un peu) en difficulté, lors de l’étape du Ventoux. Sa deuxième place au classement général final l’a fait changer de dimension. Et de statut.

Sa saison

Solide mais sans véritable coup d’éclat. Vingegaard a axé son calendrier pour arriver au sommet de sa condition sur le Tour. En amont, il s’est montré relativement discret. Deux bouquets à son actif, la Drôme en tout début de saison, devant Guillaume Martin et Benoît Cosnefroy, puis la dernière étape du Dauphiné, main dans la main avec Roglic. Pour le reste, il a souvent joué placé. Comme un symbole, il a fini 2e de Tirreno-Adriatico derrière Pogacar et 2e du Dauphiné derrière Roglic. Comme s’il se tenait là, tout près, mais toujours dans l’ombre, des deux grands favoris slovènes.

La Jumbo-Visma a tout écrabouillé : l’arrivée du duo Roglic-Vingegaard

La stat : 2

Pour un coureur de son calibre, Jonas Vingegaard apparaît très inexpérimenté sur les grands tours puisqu’il ne compte que deux participations : une sur la Vuelta 2020, une autre sur le Tour 2021. A 25 ans, c’est assez peu. A titre de comparaison, Tadej Pogacar, pourtant de deux ans son cadet, en a déjà un de plus sous le coude. Mais à ses débuts chez Jumbo Visma (il a signé son premier contrat en 2018), le Scandinave a dû lutter pour se faire une place sur les courses de trois semaines au sein de l’armada néerlandaise.

La grande question : A-t-il vraiment l’étoffe d’un vainqueur du Tour ?

Comme évoqué ci-dessus, Vingegaard a sauvé le Tour 2021 de la Jumbo Visma dans un rôle de leader de rechange. Mais il doit encore balayer deux interrogations. La première concerne sa capacité à appréhender un rôle de leader dès le début du Tour et non en cours de route. Le poids sur ses épaules cette année est incomparable. Lors de l’édition précédente, on lui demandait de dépanner. Cette fois, d’assumer. De A à Z. Les attentes sont fortes, l’émotion l’a été aussi cette semaine, le Tour s’élançant de chez lui, au Danemark.

Surtout, si les qualités du leader-bis des Jumbo Visma ne font pas débat, est-il vraiment du même calibre que le duo Pogacar – Roglic. Peu habitué à gagner, Vingegaard est apparu jusqu’ici comme un gros client toujours placé sur les courses par étapes, souvent à la 2e place d’ailleurs, mais franchir la dernière marche, c’est encore autre chose. Où, quand et comment peut-il déboulonner un Pogacar ? Et derrière les mots très consensuels, la Jumbo n’a-t-elle pas en tête de jouer, avant tout, la carte Roglic ? Deux leaders, vraiment ? Ou un leader et un super lieutenant ?

Les larmes de Vingegaard, l’annonce de Roglic : la Jumbo Visma se souviendra de sa présentation

ALEKSANDR VLASOV

Pays : Russie
Equipe : Bora-Hansgrohe
Âge : 26 ans
1re participation
Tour 2021 : Absent

Le Tour et lui

Aleksandr Vlasov va découvrir la Grande Boucle en 2022, à 26 ans. Il n’a pas grillé les étapes puisqu’il a participé au Giro et à la Vuelta ces deux dernières saisons.

Sa saison

Après s’être offert Remco Evenepoel au Tour de Valence, il a enquillé les places d’honneur (4e de l’UAE Tour, 3e de Paris-Nice) puis a triomphé du Tour de Romandie, son premier succès World Tour sur une course par étapes. Entre-temps, il avait rivalisé avec les meilleurs puncheurs du monde lors de la Flèche wallonne (3e).

Il aurait pu enchaîner sur le Tour de Suisse dont il occupait la tête au soir de la cinquième étape avant de devoir se retirer sur fond de contamination au Covid-19. Sera-t-il au top de sa forme au départ du contre-la-montre à Copenhague ?

La stat : 43

Aleksandr Vlasov compte déjà 43 jours de courses en 2022. C’est beaucoup. A titre de comparaison, Pogacar, Roglic et Vingegaard ne dépassent pas les 26 et son plus proche “poursuivant” dans cette liste est Damiano Caruso avec… 33 jours de courses.

La grande question : Comment va-t-il gérer la découverte du Tour ?

Sur la valeur intrinsèque et sur sa saison, se dire qu’Aleksandr Vlasov montera sur le podium du Tour de France ne semble pas complètement farfelu. On pourrait même en faire un favori à la “boîte” en cas de problème pour l’un des trois devant lui. Mais le Russe de 26 ans dispute donc sa première Grande Boucle cette année. Et dieu sait qu’il y a énormément de choses à appréhender sur celle-ci.

Que Vlasov soit un excellent grimpeur et un rouleur plus qu’honnête, c’est un fait. Mais sur le Tour, il faut savoir éviter les embûches et conserver sa fraîcheur au bout d’une première semaine qui s’annonce plus dingue que jamais en 2022. Les bordures, les chutes, les pavés, les cassures, autant d’endroits où Vlasov a énormément à perdre avant de pouvoir faire parler ses qualités.

Aleksandr Vlasov (Bora-hansgrohe) a remporté la 5e étape du Tour de Suisse

Crédit: Getty Images

GERAINT THOMAS

Pays : Grande-Bretagne
Equipe : INEOS Grenadiers
Âge : 36 ans
12e participation
Tour 2021 : 41e

Le Tour et lui

Bien avant de décrocher lui-même la timbale, Geraint Thomas fut un pilier des succès de Sky, pas auprès de Bradley Wiggins (il était absent en 2012) mais plutôt aux côtés de Chris Froome qu’il a accompagné pour ses quatre succès (2013, 2015, 2016 et 2017). En 2017 justement, il avait montré le bout de son nez, portant le maillot jaune du premier au cinquième jour. Et si Froome l’en avait dépossédé à La Planche de Belles Filles, il pointait encore au 2e rang du général après huit étapes avant d’abandonner.

Un avertissement confirmé en 2018 avec un Tour de France remporté de main de maître. “G” a pris le pouvoir dans les Alpes et n’a plus lâché le maillot, devenant le troisième coureur de la galaxie Sky à l’époque à triompher de la plus grande course du monde. On l’oublie un peu vite mais il fut aussi le dauphin d’Egan Bernal l’année suivante. Et qui sait ce qu’il en serait advenu de la folle épopée dans laquelle s’était lancé le Colombien par-dessus l’Iseran ?

Sa saison

Crescendo. Jusqu’au Tour de Suisse, la saison de Thomas ressemblait à 2021 et confirmait une nette baisse de niveau. Pas dans le coup en Algarve, ou au Pays basque et encore en Romandie, il a finalement triomphé d’un Tour de Suisse amputé d’une partie du peloton (dont le leader Vlasov) sur fond de contamination au Covid. Le Gallois y fut assez solide pour être le dernier homme debout et se donner confiance avant le Tour.

La stat : 17

Geraint Thomas est le doyen des candidats sérieux au podium, et de loin. Du haut de ses 36 ans, le Gallois en a vu, y compris sur les grands tours. Il participera au Tour pour la 12e fois de sa carrière à compter de ce vendredi et son CV compte pas moins de 16 départs de courses de trois semaines, un chiffre qui grimpera donc à 17 quand il se lancera sur le chrono de Copenhague. Suffisant pour échapper aux pièges de la première semaine ? “G” a parfois joué de malchance ces dernières années…

La grande question : Est-il encore au niveau en haute montagne ?

Il ne fait aucun doute que Geraint Thomas sera bien placé au soir du contre-la-montre inaugural. On l’imagine aisément passer le pont de la deuxième étape dans le premier groupe. Les pavés n’effraient pas spécialement l’ancien 7e de Paris-Roubaix et il s’est toujours très bien comporté sur La Planche des Belles Filles, y compris en 2014 quand il n’avait pas encore opéré sa transformation qui devait l’emmener sur la plus haute marche du podium du Tour.

Non, pour Thomas la question sera la haute montagne. En 2021, il était encore plus ou moins placé avant celle-ci (13e) mais il avait terminé l’étape du Grand-Bornand dans… le gruppetto à plus d’une demi-heure du vainqueur. Le reste de son Tour fut évidemment anecdotique. En fait, Thomas n’a plus accompagné les meilleurs en haute montagne depuis le Tour 2019. Une époque trop lointaine pour avoir des certitudes.

Geraint Thomas | Ineos Grenadiers

Crédit: Getty Images

ENRIC MAS

Pays : Espagne
Equipe : Movistar
Âge : 27 ans
4e participation
Tour 2021 : 6e

Le Tour et lui

Enric Mas est un solide coureur sur trois semaines. S’il s’était révélé sur la Vuelta 2018 avant de décevoir sur le Tour suivant (22e), il compte surtout deux Tops 6 ces deux dernières années. En 2020, c’est une troisième semaine exceptionnelle qui l’avait fait grimper de cinq rang pour le voir finir cinquième tout proche de la quatrième place de Mikel Landa. En 2021, il avait prouvé sa progression en faisant un Tour bien plus régulier, sans coup d’éclat mais sans fausse note. Au vu de son niveau, Mas aurait cependant sans doute pu terminer devant O’Connor et Kelderman.

Sa saison

Les résultats bruts ne parlent pas en a faveur. Il avait abandonné Tirreno-Adriatico sur chute avant la dernière étape mais il pointait au 9e rang du général avant celle-ci. Il a terminé 9e du Tour du Pays basque sans briller outre-mesure et son Dauphiné s’est lui aussi achevé précocement après un gadin sur la 5e étape. Mas ne compte aucun résultat qui appuie sa candidature au podium.

La stat : 4

Enric Mas a terminé ses quatre dernières courses de trois semaines au pire à la sixième place. Il est le seul dans cette liste avec cette performance, au gré des abandones de certains (Roglic) ou de la jeunesse d’autres (Pogacar qui n’a participé qu’à trois grands tours). C’est dire si le 2e de la Vuelta 2021 a franchi un cap. Chez Movistar, il a vu de nombreux leaders passer mais lui est resté et ce n’est pas un hasard.

Primoz Roglic, Enric Mas et Jack Haig sur le podium de la Vuelta 2021

Crédit: Getty Images

La grande question : Mas peut-il vraiment faire mieux ?

Enchaîner les places d’honneur sur les grands tours vous classe un coureur. Sous-estimer Enric Mas dans la lutte pour le Top 5 serait évidemment une erreur. Le sur-estimer pour la lutte au podium peut-être aussi. Certes, le natif des Baléares a tout ce qu’il faut en magasin pour briller. Un peu en-deça sur le chrono, il reste un rouleur correct. Mas possède surtout de qualités de grimpeur indéniable. Il l’avait prouvé sur la Vuelta 2021 en finissant souvent proche de Primoz Roglic.

Tout ça est très bien mais Enric Mas est-il encore capable de plus ? Cela fait maintenant quatre ans qu’il a terminé dauphin de Simon Yates sur le Tour d’Espagne et son éclosion tarde à venir. On attendait plus du grimpeur espagnol et pour tout dire on en vient à se demander s’il n’a pas atteint une sorte de plafond de verre. Rarement à l’initiative, Mas doit sans doute se faire violence pour aller décrocher le podium sur la plus grande course du monde.

DANIEL FELIPE MARTINEZ

Pays : Colombie
Equipe : INEOS Grenadiers
Âge : 26 ans
3e participation
Tour 2021 : Absent

Le Tour et lui

Daniel Felipe Martinez n’a jamais abordé le Tour dans un rôle de leader absolu, et ce sera encore le cas en 2022 avec Geraint Thomas ou Adam Yates à ses côtés. En 2018, il était équipier de Rigoberto Uran et en 2020, son succès au Dauphiné avait fait de lui un co-leader. S’il n’avait pas brillé au général cette année-là, il s’était tout de même offert une superbe victoire au sommet du terrible Puy Mary dans le Massif Central.

Sa saison

Celle d’un prétendant au podium sur le Tour de France. Si l’on omet le Tour de Suisse (sur lequel nous reviendrons), Daniel Felipe Martinez ne s’est raté nulle part. Il a été bon en Algarve et à Paris-Nice (3e) avant de s’offrir un succès de prestige au Tour du Pays Basque. Là-bas, il a triomphé d’une sacrée concurrence (Roglic, Vingegaard, Evenepoel, Vlasov, Mas…). Cinquième de la Flèche Wallonne et quatrième de Liège-Bastogne-Liège, le Colombien a même brillé sur les courses d’un jour.

La stat : 5

S’il était évidemment connu avant d’arriver chez INEOS Grenadiers début 2021, Daniel Felipe Martinez s’est révélé aux côtés d’Egan Bernal sur le Tour d’Italie de la même année. Extrêmement fort, le Colombien avait été d’une aide incroyable pour son leader, vainqueur de l’épreuve malgré quelques moments compliqués. Ce Giro, passé à jouer les équipiers, Martinez l’avait achevé au… 5e rang. Incroyable.

La grande question : Le Tour de Suisse est-il annonciateur du Tour de France pour lui ?

Avant le Tour de Suisse et en l’absence d’Egan Bernal, INEOS semblait n’avoir qu’une solution pour son leadership sur le Tour de France : Daniel Felipe Martinez. Le Colombien l’avait mérité. Mais cette dernière course a peut-être rebattu les cartes. Bien sûr parce que Geraint Thomas a remporté l’épreuve mais aussi parce que le Colombien y est apparu dans une forme incertaine.

Bien sûr, il était dans le pays de la neutralité pour y jouer les équipiers, ce qu’il a fait à merveille mais les 51 secondes concédées le premier jour font tâche. Sa 8e place, dûe en partie à une concurrence décimée par le Covid, n’est pas un exploit au vu des coureurs qui le devancent (Grossschartner, Jungels, Küng, Powless…) même s’il est monté en puissance en terminant 4e du chrono final. Martinez a-t-il été en forme trop tôt ?

Dani Martinez encourage Egan Bernal

Crédit: Getty Images

BEN O’CONNOR

Pays : Australie
Equipe : AG2R-Citroën
Âge : 26 ans
2e participation
Tour 2021 : 4e (une victoire d’étape)

Le Tour et lui

Un coup de maître, ou presque. A l’heure d’établir la liste des prétendants au Top 5, jamais nous n’aurions imaginé y inclure Ben O’Connor en 2021. Transfuge de NTT vers AG2R, l’Australien d’alors 25 ans a parfaitement rempli le vide laissé par le départ de Romain Bardet, au moins sur le Tour de France, et pour sa première participation.

Arrivé fort d’une huitième place sur le Dauphiné, O’Connor avait lâché du temps ici et là avant les Alpes. Son épopée victorieuse vers Tignes l’avait replacé dans le Top 5. On pensait qu’il reculerait naturellement mais d’excellentes performances dans les Pyrénées lui ont permis de conserver une place dans les hauteurs, et même la quatrième après la défaillance d’Uran à Luz-Ardiden. Un classement inespéré pour un coureur qui avait terminé 20e du Giro l’année précédente. Son meilleur résultat en grand tour.

Sa saison

Sans doute mis en confiance par son Tour 2021, Ben O’Connor a terminé dans le Top 10 de toutes les courses par étapes qu’il a disputées. 7e en Andalousie, 6e en Catalogne, 5e en Romandie, il est bien monté en puissance en terminant 3e du Dauphiné, à moins de deux minutes de Jumbo-Visma, notamment grâce à un bon chrono (14e à une grosse minute de Roglic). Cerise sur le gâteau, il compte deux succès, à La Molina sur le Tour de Catalogne et sur le Tour du Jura.

La stat : 8

Avant la performance de Ben O’Connor sur le Tour de France, AG2R restait sur huit grands tours achevés hors du Top 10. Une anomalie pour cette équipe à la tradition solide dans le domaine. Entre 2013 et 2018, Betancur, Pozzovivo, Péraud et Bardet avait enquillé neuf Tops 10 sur 19, soit 50%.

Primoz Roglic (Jumbo-Visma), vainqueur du Dauphiné 2022 devant son équipier Jonas Vingegaard et Ben O’Connor (AG2R Citroen)

Crédit: Getty Images

La grande question : O’Connor, feu de paille ou progression linéaire ?

L’histoire du Tour de France regorge de ces coureurs qui terminent à une excellente place grâce à une échappée fleuve. L’exemple le plus parlant reste le regretté Andreï Kivilev, 4e en 2001 après le coup de Pontarlier. Le Kazakh, décédé deux ans plus tard, n’avait pris que la 21e place en 2002. Qu’en sera-t-il pour Ben O’Connor ? Si l’Australien était une surprise en 2021, il n’en sera plus une en 2022. Et sauf à perdre énormément de temps sur chute, maladie ou problème mécanique en première semaine, il ne disposera pas de la même marge de manœuvre cette année.

Ses adversaires le surveilleront de près et c’est à la pédale qu’il devra se faire sa place. Le leader d’AG2R-Citroën en est capable, on en veut pour preuve ses résultats cette saison. Avec de belles arrivées, O’Connor va faire parler ses qualités de grimpeur. Puisqu’il a progressé en chrono, il est un candidat logique au Top 5. La surprise cette année, ce serait le podium.

DAVID GAUDU

Pays : France
Equipe : Groupama-FDJ
Âge : 25 ans
5e participation
Tour 2021 : 11e

Le Tour et lui

Si David Gaudu est encore jeune (25 ans), il commence à avoir une sacrée expérience sur le Tour de France, où il a vécu énormément de choses, positives comme négatives. Logiquement discret en 2018 pour sa découverte, le Breton avait carrément crevé l’écran l’année suivante.

Au service de Thibaut Pinot, il avait emmené le groupe des favoris dans les Pyrénées, au Tourmalet et le lendemain au Prat d’Albis. L’histoire s’était mal terminée, dans les circonstances que l’on sait. 2020 ne fut pas meilleur et en 2021, pour sa première expérience de leader unique, Gaudu a souffert, se replaçant grâce à des échappées mais faisant le yo-yo. Sa 11e place fut une petite déception, mais finalement logique au vu de ses trois semaines.

Sa saison

Quand nous avions rencontré David Gaudu, au tout début de saison puis avant Paris-Nice, il débordait d’ambitions et son succès d’étape en Algarve ainsi que sa 5e place finale confirmaient qu’il avait raison. Las, la suite fut compliquée, notamment à cause d’une chute sur Paris-Nice. Même son Critérium du Dauphiné, sur lequel on l’attendait plus fort, a fini en eau de boudin (17e du général). Il s’est heureusement offert un succès de prestige devant Wout Van Aert.

Quelle image : Gaudu a coiffé Van Aert, qui a levé les bras trop tôt

La stat : 9

Avec sa petite pointe de vitesse, David Gaudu “score” souvent. Déjà deux fois en 2022 et neuf en tout en carrière, ce qui n’est pas si fréquent pour un grimpeur qui affiche, comme lui, 25 printemps. A titre d’exemple, Romain Bardet (31 ans) compte dix succès, Warren Barguil (30 ans), huit et Guillaume Martin (29 ans), sept.

La grande question : Le podium est-il un objectif réaliste ?

Marc Madiot avait posé les bases dès le début de saison. Offensif, il avait érigé le podium du Tour de France en objectif pour son équipe, et notamment pour le trio Gaudu, Pinot, Storer. Le second a prévenu qu’il venait sur la Grande Boucle pour vivre des émotions, comprenez ne pas se battre tous les jours pour s’accrocher. Le dernier ne semble pas au niveau. Reste David Gaudu.

Le Breton a-t-il les épaules alors que son seul Top 10 en grand tour a été acquis sur la Vuelta (8e) ? Que Gaudu puisse dans les années à venir être un candidat crédible est une chose, qu’il le soit dès cette année en est franchement une autre. Rien, si ce n’est ses progrès notables en contre-la-montre, n’accrédite la thèse. Aussi, c’est à se demander si le leader de Groupama-FDJ n’aurait pas intérêt à mettre ses qualités de sprinteur en petit comité au service de la quête d’un succès d’étape, assurément le plus beau de sa carrière, plutôt que de s’accrocher. A moins qu’il ne veuille apprendre de cette expérience…

Et aussi…

Romain Bardet (France, Team DSM), Nairo Quintana (Colombie, Arkea-Samsic), Damiano Caruso (Italie, Bahrain Victorious), Adam Yates (Grande-Bretagne, INEOS Grenadiers), Jack Haig (Australie, Bahrain Victorious), Jakob Fuglsang (Danemark, Israel-Premier Tech), Rigoberto Uran (Colmbie, EF Education-EasyPost).

Il y a ici du talent, du pedigree, du solide, du costaud mais, pour des raisons variées, difficile d’envisager un de ces coureurs comme un véritable candidat au maillot jaune sur les Champs-Elysées. Dans l’optique du général, ils ont davantage l’étoffe d’un Top 10, au mieux d’un Top 5. Pour aller plus haut, ils auront besoin d’une hécatombe ou de circonstances de course particulières.

Certains, conscients de la difficulté pour eux de rivaliser sur trois semaines avec le sommet de la pyramide pour le podium, pourraient d’ailleurs davantage chercher autre chose : un maillot à pois, une victoire d’étape. Courir autrement, plus à l’avant. Parfois, c’est aussi le meilleur moyen de se faire une place sur les hauteurs du classement…

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